On est tellement chouchoutés à l'auberge du Padre Don Ernesto qu'on traîne pour partir. Nous sommes les derniers à prendre le petit déjeûner. Nous laissons une bonne donation et un petit commentaire gentil avec un dessin dans le livre d'or. Avant qu'on parte, le Padre nous investit d'une mission : un pèlerin a oublié sa clé usb dans un des dortoirs ; il nous la confie (il nous dit : "c'est important, c'est la mémoire") pour qu'on la dépose à l'auberge de Santander où elle sera probablement réclamée.

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Nous partons et dès le premier carrefour, pas de flèche… Heureusement, à chaque fois qu'on a besoin de demander notre chemin, il y a quelqu'un. On longe encore un peu de route (ça nous manquait) jusqu'au premier village, Galizano. On rencontre un jeune homme qui nous aborde en espagnol, mais en fait il était français. On a donc parlé un peu : il vient de Grenoble et quand je lui demande s'il est étudiant, il me répond "non non, en ce moment je ne suis rien"… On lui a montré la route puisqu'il n'avait pas de guide. Ensuite on se ravitaille dans une épicerie minuscule, puis on part pour de bon. On rejoint assez rapidement le bord de mer, il fait chaud…

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Avant de partir de l'auberge ce matin, nous avons pris soin de montrer la carte au Padre pour qu'il nous donne le maximum d'infos sur l'itinéraire. Oui, nous avons perdu toute confiance en notre guide depuis longtemps. Il nous a d'ailleurs conseillé de suivre la falaise, contrairement à ce qui était indiqué. C'est donc ce que nous faisons, sous le soleil de 13h00 qui commence à taper très fort. Aucune ombre, et en plus on commence à avoir faim, mais on ne peut pas manger en plein soleil sous peine de cuire… On s'assoit tout de même 5 minutes le temps de s'hydrater et d'avaler une barre de céréales. J'intercepte un joggeur espagnol en sueur et en plein effort : il ne m'en veut pas pour autant et me renseigne : la prochaine ville, Somo, est à 5 km environ, d'ailleurs on la voit au loin.

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Un peu rassurés, on repart, mais la chaleur commence vraiment à m'incommoder, et je mouille mon écharpe pour me rafraîchir. Certes, on voyait Somo à l'horizon. Mais le joggeur a peut-être été légèrement optimiste. Nous nous retrouvons à Laredo, pas une ville mais une zone pavillonnaire assez luxueuse, où je réclame une pause à l'ombre. Sentant mes forces diminuer rapidement, j'abandonne mon sac à Ronan qui se transforme en gros sandwich, avec son sac sur le dos et le mien sur le ventre. Nous arrivons ensuite à une plage, où un couple ayant vu passer d'autres pèlerins nous explique la situation : le sentier par la plage est plus court mais très fatigant, par la route c'est plus simple mais plus long… Toujours sonnés par la chaleur, on rejoint la route. Le problème c'est que je ne peux vraiment plus avancer, et Ronan avec les 2 sacs trouve que la plaisanterie a assez duré… D'autant plus que la route n'est pas plate du tout. Je demande à une jeune fille qui venait de garer sa voiture, à combien de temps est Somo. On n'est pas du tout arrivés et je lui demande carrément de nous emmener en voiture, en lui expliquant que j'ai eu un coup de chaud… Je pense qu'elle avait d'autres projets que d'embarquer 2 imbéciles de pèlerins qui sentent la transpiration, mais elle l'a fait quand même. Toute la route faite en voiture nous confirme que je n'aurai pas pu faire le reste de l'étape à pied. Pendant le trajet nous passons devant un hôtel, et la jeune fille nous explique qu'elle travaille là. Elle nous laisse à Somo, juste devant l'embarcadère où nous devons prendre un bateau pour aller à Santander. Elle a refusé le billet que je lui donnais pour la dédommager, puis elle est repartie, notre sauveuse… Nous n'avons pas pris le bateau tout de suite, et on s'est assis à la terrasse d'un café le temps que ma température redescende, ce qui a pris longtemps, au moins 2h00. Ronan a demandé à tout hasard à quelle heure partait la dernière navette… Quand je m'en suis sentie capable, on a pris le bateau pour la traversée d'une vingtaine de minutes. A Santander, il a fallu trouver l'auberge, sous la pluie. On est accueillis par une allemande qui ne parlait ni espagnol ni français, un peu anglais… Heureusement elle était "assistée" par un monsieur vieux et bizarre qui baragouine un peu de français. On leur confie la clé usb et l'allemande nous installe. On se retrouve tous les deux sur des lits hauts. Comme je ne suis pas encore sûre de mon état, je demande à changer pour avoir un lit bas, puisque j'en vois plein de libres. L'allemande me dit carrément non, eh oui elle a déjà noté notre placement sur son joli plan du dortoir, non mais n'importe quoi… Je lui explique que je suis malade et que je risque de me lever plusieurs fois dans la nuit. Elle consent à me donner un autre lit, en me parlant très sèchement,au cas où je n'aurais pas compris que je l'emmerdais vraiment… De toute façon j'aurai changé quand même. Je la maudis. On se douche et on essaye de se reposer. Puis un monsieur vient me voir : comme il a un papier et un stylo dans la main, et qu'il me demande en français "alors qu'est ce qui t'arrive, ça ne va pas ?", je me dis "super, un médecin"! En fait pas du tout, c'est juste le pèlerin qui a le lit au dessus de moi, et son papier c'est une liste des auberges. Mais il était très gentil, barbu et hollandais (je crois). Il parlait parfaitement français, on s'est donc raconté nos aventures respectives. Je lui explique toute la nullité de notre guide, et il me confirme qu'il n'a vu que des mauvaises critiques sur internet. On compare dans nos 2 guides le descriptif historique de Santander : dans le nôtre, la ville a été ravagée en 1941 par un incendie. Dans le sien, c'est par…une tornade! Pourquoi pas un tsunami? Je le laisse soigner ses ampoules et nous sortons grignoter, puis on retourne illico se coucher. A ce moment, on envisage déjà d'arrêter les frais ici : mon début d'insolation sonne la fin du périple et puis c'est tout. Je passe la nuit avec une serviette humide sur le front. Je sais maintenant ce que ressentent les homards quand ils cuisent vivants… eh bien c'est très désagréable.