Eh oui aujourd'hui seulement 8 km… L'étape officielle va jusqu'à Gernika, mais on ne se sent pas d'enchaîner 25 km comme hier. Ce sera une étape "repos". Après avoir attaché nos vêtements pas secs sur nos sacs, et pris un petit déjeûner dans un bar, nous quittons Markina. Enfin on essaye, car il n'y pas de flèche. C'est finalement un vieux monsieur qui nous indique le chemin, et on en profite pour lui demander où on peut retirer de l'argent. A part qu'il fait vraiment très chaud et que j'ai plongé mon pied gauche tout entier dans une grosse flaque de boue, pas grand chose à dire sur le chemin.
On arrive assez vite à Bolibar. C'est là qu'on avait prévu de s'arrêter, car le guide indiquait une auberge, une alimentation, une boulangerie, un bar… tout ce qu'il faut. Mais arrivés à Bolibar, le village est tout petit et on en a vite fait le tour sans rien voir de tout ça. Si, il y a un bar, et une église. On fait une pause à l'ombre pour réfléchir. Le problème majeur est qu'on n'a plus rien à manger. On avait prévu de se ravitailler ici, puisqu'apparemment il y a une épicerie. A un moment les cloches de l'église sonnent et plein de gens bien habillés arrivent tous en même temps (ça y est , on vient de comprendre: c'est la messe du 15 août). Je me dévoue pour aller à la pêche aux informations. Malgré mon allure de clocharde, une dame me renseigne très gentiment : il n'y a rien. On n'a pas très bien compris s'il n'y a rien du tout, ou si c'est fermé pour le 15 août, mais de toute façon le résultat est le même, on ne peut ni manger ni acheter ni dormir ici. Nous voyant tout déconfits, la dame nous indique qu'il y a un monastère un peu plus loin, qui accueille peut-être les pèlerins.
On boit un coca pour se rafraîchir et maudire notre guide. J'aurai quand même appris en le lisant que Bolibar est le village natal des ancêtres de Simon Bolivar (héros de l'indépendance de plusieurs régions d'Amérique latine).
Nous sortons donc de Bolibar, en empruntant la "calzada", chemin pavé qui monte dur jusqu'à une "casa rural" (chambres d'hôtes), puis au monastère. On croise plein de gens qui en redescendent car la messe vient de se terminer. Avec toute cette activité les moines ont l'air un peu surbookés et on ne sait pas trop à qui s'adresser… Finalement, on trouve la "boutique": miel, vin, bière, cartes postales, livres de prières, bibelots et j'en passe, les moines ont leur propre business. Finalement l'un d'eux nous guide dans une partie rénovée du monastère, jusqu'au dortoir qui comprend quelques lits superposés. Le moine a un peu rigolé quand on lui a dit qu'on venait de Markina… Il a dû se dire qu'on était des pèlerins de pacotille. Il était gentil quand même et il parlait un peu français, c'est fou. Bon quelques photos s'imposent (je n'ai pas osé photographier le moine, désolée.):

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Bolibar, vue depuis le chemin qui nous emmène au monastère de Cenaruzza.

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Voilà notre petite auberge.

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Après la douche et la lessive, on est redescendus à la casa rural pour manger. Une fête se préparait (barnum, bancs et buvette déjà prise d'assaut!). La partie bar du restaurant était bondée, on a un peu hurlé pour se faire entendre de la serveuse, mais le problème c'est qu'elle ne comprenait pas ce qu'on voulait. On lui demandait si, avec nos credencial, on pouvait avoir un menu pèlerin, et au bout de 10 minutes elle nous dit qu'elle ne sait pas ce qu'est un credencial. Tant pis, un menu normal, ça ira bien! On a ensuite eu tout notre temps pour faire le tour du monastère, qui est très beau :

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Et maintenant, minute culturelle et explication de la photo juste au dessus :
"Le monastère de Cenaruzza. Il s'agit de l'unique abbaye médiévale de Biscaye. La tradition fait remonter sa fondation au Xè siècle. Le 15 août 965, alors que la population assistait à la messe dans l'ermitage Santa Lucia de Garai, à Gerrikaitz, un aigle s'abattit et saisit un crâne de l'ossuaire. Il s'envola en le tenant entre ses serres et le laissa tomber là où se trouve l'actuelle collégiale. Les paroissiens conclurent de cette scène étonnante que l'ermitage Santa Lucia devait être déplacé".

Voilà. Vers la fin de l'après midi, il se tramait quelque chose en rapport avec des ânes, car plusieurs vans étaient garés juste en contrebas, et on entendait des ânes braire (d'ailleurs ils se répondent et c'est rigolo).
On est donc descendus de nouveau à l'auberge qui faisait la fête, et effectivement, il y avait un concours : je vous explique. Les concurrents amènent chacun leur âne. Il y a une grosse pierre très lourde par terre. L'âne est harnaché à la pierre, et il doit la tirer en faisant le plus d'allers-retours possible. De chaque côté il y a deux bonshommes qui tirent aussi la pierre, fouettent l'âne et lui beuglent dessus. Comme je trouvais ça ridicule et crétin, on est remontés au monastère.
Un pèlerin à vélo est arrivé. Il a fait San Sebastian-Cenaruzza en une journée! Par cette chaleur, il est cuit. En début de soirée, le moine est venu nous voir pour nous nourrir : il nous a amené de la soupe avec diverses choses dedans : pâtes, oignons, salade, sardines. Mais c'était bon en fait, et surtout ça change des sandwiches et des tapas! Ceci dit ça n'a pas eu l'air de plaire à l'autre pèlerin qui est allé se faire un gueuleton à l'auberge. Nous avons échangé nos impressions avec lui, sur le chemin, à pied, à vélo… et il nous a prêté son guide (en espagnol donc) pour qu'on le compare au nôtre. Rien à voir… Lui au moins, il a une carte du relief pour chaque étape!!! Bon, c'est tout pour aujourd'hui.